Le tiers-monde dans sa cour.


photo Mona Rochon

Comme c’est souvent le cas, il faut une crise  humanitaire pour nous faire voir la réalité de centains de nos concitoyens.  Certains problèmes sociaux sont si près de nous et si rampants qu’on ne s’en émeut à peu près plus:  la pauvreté dans certains secteurs bien ciblés de Montréal,  les banques alimentaires de plus en plus sollicitées font partie du paysage médiatique québécois.

De temps en temps arrive une nouvelle de pauvreté si abjecte qu’on ne peut croire qu’une telle situation existe encore…  Au Canada.  En Afrique, bien sûr.  Dans certains pays d’Asie ou d’Amérique du sud aussi, ça va de soi.  Mais ici?  Au Canada?  Personne ne vit dans un tel état de pauvreté qu’on se croirait au tiers-monde!  Pourtant, si.

Il y a quelques années, c’était Kashechewan en Ontario, dont les résidents ont dû être évacués d’urgence parce que l’eau était impropre à la consommation.  Depuis longtemps, les habitants de la place se plaignaient au ministère des Affaires autochtones que des gens étaient malades, et que l’eau était en cause.  On demandait de l’aide pour résoudre le problème.  Le gouvernement a attendu si longtemps, le problème était devenu si grave, qu’il a fallu utiliser des doses massives de chlore dans le système de filtration de l’eau pour éliminer les bactéries e-coli présentes.  La conséquence:  les résidents ont été intoxiqués au chlore, et ont dû être évacués d’urgence, sans savoir quand ils pourraient réintégrer leurs maisons.

Une telle situation n’arriverait pas ici, dans une zone urbaine peuplée de descendants européens.  On ne le tolèrerait pas. On ferait une levée de fonds ou un spectacle-bénifice pour aider les gens dans le besoin. On marcherait dans les rues pour dénoncer une telle situation.  Mais quand ça arrive aux autochtones…

Parlez-en aux gens d’Attawapiskat.  Le village est situé sur la Baie James, à quelques minutes de la plus grosse mine de diamants au pays où ils n’occupent même pas 1% des emplois.  Ils vivent depuis des décennies dans des conditions abominables.  Le gouvernement leur accorde un gros $50 000.00 par habitant sur cinq ans ($10 000.00 par an par habitant) pour construire des maisons neuves, réparer celles existantes, payer pour les services éducatifs, de santé et d’aide sociale, dans un endroit reculé où une épicerie hebdomadaire de base pour une famille de quatre frôle les $350.00. Puis le Premier ministre juge que l’argent a été mal utilisé!!  C’est un comble!  À moins que je ne sache pas compter.

Stephen Harper met la faute sur les dirigeants de la communauté, demandant qu’on lui rende des comptes. Pourtant, tous leurs états financiers sont disponibles sur le site internet de la communauté.  Quiconque le veut bien peut aller y jeter un coup d’oeil, et voir par lui-même comment l’argent a été dépensé.

Les besoins dans les communautés autochtones sont criants, et augmentent  rapidement alors que l’aide entre au compte-gouttes.  Parce que vivre à 15 dans une maison de trois chambres à coucher, ce n’est pas uniquement le lot des gens d’Attawapiskat.  C’est comme ça dans la grande majorité des réserves amérindiennes au pays.  Au Québec seulement,  en 2006, il manquait plus de 1700 logements dans les réserves autochtones.  Cinq ans plus tard, la situation est loin de s’être améliorée.  On estime les coûts de constructions à 354 millions de dollars, uniquement pour les logements, uniquement au Québec.  Peut-on dire que franchement, 90 millions sur cinq ans dans une communauté qui a un besoin urgent de nouvelles maisons, de soins de santé et d’une nouvelle école, c’est des pinottes!

Les critiques disent aujourd’hui que les autochtones devraient se trouver des emplois au lieu de dépendre des gouvernements.  Encore faut-il qu’ils soient éduqués.  Attawapiskat avait une école primaire jusqu’en 2000.  Depuis, les élèves fréquentent des classes temporairement installées dans des roulottes.  Jusqu’à quand?  On ne sait pas.  Le financement d’une école ne figure toujours pas dans les plans du ministère des Affaires autochtones, malgré les demandes pressantes de la communauté.  Au secondaire, les jeunes doivent aller dans les grandes villes pour s’éduquer.  Le village n’est accessible que par avion, huit mois par année.  Les coûts de transport et d’hébergement sont astronomiques, et doivent être assumés par la communauté…  À même l’argent octroyé par le gouvernement.

Mais même en ayant une éducation, il faut aussi que les employeurs soient disposés à les embaucher.  Comme je l’ai écrit plus haut, Attawapiscat est située tout près d’une mine de diamant. La plus grosse au Canada.  Pourtant, ils ne forment qu’un très faible pourcentage des employés. Ce serait une si  belle occasion d’embaucher des gens du coin.  Plutôt que de s’exiler pour travailler, ils pourraient continuer à vivre parmi les leurs.  À la place, la grande majorité des employés réside dans le sud de la province, et voyage aux deux semaines par avion pour aller travailler.  C’est le « fly-in, fly-out », un peu comme ce qu’on propose pour le plan Nord.  Ces employés n’apportent pas d’argent neuf dans la communauté où ils passent pourtant six mois par année, et ne contribuent absolument pas à son développement, ni au bien-être de ses résidents. En agissant de la sorte, ils contribuent par contre à en accentuer la pauvreté.  Peut-on accepter, en 2011, que des milliers de personnes au Canada vivent dans des conditions de pays en voie de développement?

publié dans Le Globe – Regard citoyen

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2 thoughts on “Le tiers-monde dans sa cour.

  1. En plus de leur voler les richesses naturelles,on les exploitent depuis que le monde est monde et on se permet de les insulter en disant qu’ils ont mal adminitrés leur argent. Parfois, on est un petit peuple de voyous. Je crois que notre problème de répète à chaque élection. Les élus provincial et fédéral sont 2 membres du NPD. Si tu veux plus d’argent , vote du bon bord. On ne voit pas plus loin que le prochain mandat. Il n’y a plus de politicien de la trempe de Jean Drapeau ou Pierre Elliott Trudeau. C’est gens là se présentaient pour administrer le Pays et si tu n’aimes pas ma faôn de faire et bien la prochaine fois tu voteras pour un autre.Ca fait 435 ans qu’on vole les premières nations et on continu à le faire en plus de les mal trater (eau empoissonnée).

  2. Il y a quelques années, un reportage télé de Radio-Canada avait mis en évidence l’exploitation éhontée de certaines industries dans le domaine des sables bitumineux en Alberta. Il y avait une communauté amérindienne en plein dans les zones d’exploitations. Plus de terre pour chasser, plus d’eau potable pour boire et pêcher, les autochtones étaient pris au piège, littéralement encerclés, et s’appauvrissaient. Il y eut un temps où ils furent quasiment autosuffisants, mais comment survivre lorsque ton eau est trop polluée pour que tu puisses la boire et pêcher et quand tous les arbres sont coupés, faisant fuir le gibier? Eh bien, ils étaient obligés d’aller chercher de l’emploi chez ceux-là même qui avaient détruits leur habitat naturel.

    J’ai eu la même réaction d’indignation concernant Attawapiskat lorsque j’ai su que la plus grosse mine de diamants se trouvait dans leur cour.

    L’exploitation des peuples du tiers-monde est révoltante. L’indignation est à son comble lorsque l’on constate que cette exploitation a lieu dans notre propre pays. Mais est-ce vraiment une surprise?

    Selon l’OCDE (http://www.oecd.org/document/35/0,3746,fr_21571361_44315115_49175587_1_1_1_1,00.html), le fossé entre riches et pauvres au Canada (et dans les pays membres) s’est accrue. À qui profite la sacro-sainte croissance économique?

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